Que représente le court-métrage pour vous : un essai, un exercice de style, une forme
d’expression à part entière ou peut-être les trois à la fois ?

Anne Cutaia : Le court métrage est un exercice à part entière. On le considère souvent comme le coup d’essai du long métrage, surtout en fiction. À mon sens, c’est une erreur car ce qui fonctionne en forme courte n’est pas nécessairement déclinable en version longue. Le court-métrage a sa propre écriture, sa propre mécanique est c’est ce qui fait sa force.

Qu’est-ce qui caractérise selon vous un bon court-métrage politique ?

Court métrage ou pas, un bon film politique ne dit pas “voici ce qu’il faut penser”. Il murmure quelque chose de plus troublant, il nous montre le monde tel qu’il fonctionne et laisse les spectateurices faire le chemin de la réflexion. Un bon film politique, c’est celui qui crée cette secousse intérieure qui continue longtemps après le générique, celui qui modifie notre façon d’être et de regarder le monde.

Aujourd’hui le FIFP crée La Boîte, pour proposer au public des courts-métrages toute
l’année. Et vous, quelle est votre solution pour relancer l’intérêt du public pour cette forme cinématographique ?

Le court-métrage est trop souvent appréhendé comme le parent pauvre du cinéma. Fait avec moins de moyens et une plus petite équipe, il est considéré comme moins sérieux ou moins valable que le long métrage. Mais comme on dit « c’est la taille qui compte » et pour moi, le court métrage est une forme souvent plus pure, plus directe, plus authentique. Avec lui, pas de place au chichi. Le sujet doit
être bien cerné et c’est ce qui donne son caractère uppercut à la forme. Un bon court métrage, c’est jouissif, bouleversant, sidérant … ça touche en plein cœur !