Parrain du Festival international du film politique de Carcassonne depuis sa première édition en 2018, Costa-Gavras figure majeure du cinéma politique, est revenu en 2025 pour y présenter Le Dernier Souffle. Adapté du livre cosigné par Régis Debray et le docteur Claude Grange, pionnier des soins palliatifs, le film aborde frontalement la question de la fin de vie. À cette occasion, le réalisateur a accordé l’entretien ci-dessous.

Le cinéaste franco-grec Costa-Gavras realise lors de la 7e édition du FIFP © Laurent Demartini / Hans Lucas

En 2018, vous acceptiez d’associer votre nom à la naissance du Festival international du film politique. Qu’aviez-vous pensé de cette initiative à l’époque ?

Mes premières questions et mon intérêt portaient sur le fait que deux jeunes passionnés de cinéma voulaient créer un festival, montrer des films selon leur amour du cinéma et leur sensibilité, dans une partie du pays qui en manquait. Quant au titre, je n’allais pas en discuter avec eux. Ma conviction est que tous les films sont politiques.

Au début de votre carrière, vous avez allié le thriller et le film politique. Existe-t-il selon vous un lien entre ces genres ?

Je n’ai pas choisi le cinéma pour faire carrière, mais par passion. Je n’ai pas non plus choisi le genre du thriller, entendu comme une mécanique de peur ou de suspense. J’en ai fait un, Compartiments tueurs.

Pour mes autres films, j’ai recherché la tension intellectuelle, celle qui permet de suivre une histoire en découvrant progressivement ses contradictions et sa conclusion. Chaque film a sa propre construction. Jamais l’idée de thriller n’a guidé mon travail.


© Babeth Aloy / Hans Lucas

La politique traverse la plupart de vos œuvres. Était-ce dès le départ le cinéma que vous vouliez faire ?

Pour moi, la politique ne se limite pas aux abus de pouvoir des gouvernants. La politique, c’est chacun de nos actes dans la cité. C’est le pouvoir que chacun exerce sur l’autre, pour le bien ou pour le mal. Ce pouvoir peut devenir oppression lorsqu’il est exercé par ceux qui gouvernent ou par ceux qui détiennent l’argent. Avec mes films, j’ai toujours voulu montrer ces formes de pouvoir, peut-être parce que je les ai subies très jeune.

Ken Loach disait : « Un film politique, c’est d’abord une bonne histoire ». Partagez-vous cet avis ?

Un film est avant tout une bonne histoire, un scénario solide, mis en scène par un réalisateur animé par la passion et le talent. Sans cela, il n’y a pas de cinéma.

Parlons du Dernier Souffle. Pourquoi avoir choisi d’aborder la question de la fin de vie ?

Il est évident qu’il faut mettre fin aux douleurs physiques et psychiques. Notre société doit se donner les moyens d’assurer à chacun une fin de vie digne, sereine et libre. C’est ce qui m’a guidé, mais aussi un désir personnel : partir accompagné, le plus tard possible, dans ces conditions de respect et d’humanité.


La présence de Régis Debray vous a-t-elle rapproché du livre ?

Régis Debray est un homme que j’admire et un ami de longue date. J’ai lu beaucoup de ses livres, quel qu’en soit le sujet. C’est naturellement que je me suis intéressé à celui qu’il cosigne avec Claude Grange, que j’estime également.

Les utopies politiques des années 60-70 ont profondément transformé l’Amérique latine. Les dictatures ont disparu, remplacées par des formes de démocratie parfois fragiles. Missing s’inscrivait déjà dans cette réflexion.

Qu’apporte la fiction à un sujet comme la fin de vie ?

La fiction peut dépasser la vérité pour la rendre acceptable, à condition de ne jamais tomber dans le voyeurisme.

Dans le débat sur la fin de vie, quelle est votre position personnelle ?

Ma position est celle du film : une ode à l’accompagnement et aux soins palliatifs. Inspiré du livre, mais libre dans sa forme, ses personnages et ses choix narratifs.


Quel avenir voyez-vous pour le cinéma politique ?

Le cinéma, comme les médias, est par nature politique. Mais beaucoup dépendent aujourd’hui de puissances financières. Le spectateur devra choisir. C’est une tâche difficile, mais profondément démocratique. En France, nous faisons tout pour que le cinéma reste vivant, libre, multiple et qu’il se féminise. Le nombre de spectateurs montre que nous allons dans le bon sens.

Pour conclure : dans quelle mesure le cinéma peut-il changer le monde ?

En restant personnel, libre, multiple, divers… et soutenu par de bons festivals !

Pour prolonger la discussion, retrouvez notre rencontre avec Costa-Gavras.