
Il avait accepté dès le début de parrainer le festival du film politique de Carcassonne. Pour cette sixième édition, le maître mondial du cinéma engagé présente son dernier opus, qui traite de la fin de vie. Entretien très … politique !
En 2018, vous acceptiez d’associer votre nom à la naissance du Festival International du Film Politique. Qu’aviez-vous pensé de cette initiative à l’époque ?
Mes premières questions et mon intérêt étaient sur le fait que deux jeunes passionnés de cinéma voulaient créer un Festival, montrer des films selon leur amour du Cinéma et de leur sensibilité dans une partie du pays qui en manquait.
Quant au titre je n’allais pas en discuter avec eux. Ma conviction est que tous les films sont politiques.
Au début de votre carrière vous avez plusieurs fois allié le genre du thriller avec celui du film politique, est ce que selon vous il y a des corrélations entre eux et si oui lesquelles ?
Pour commencer je n’ai pas choisi le cinéma pour faire carrière mais par passion. Je n’ai pas choisi le genre «thriller» – thriller, c’est-à-dire angoisse, peur, terreur, frisson, exaltation …. – qui définit les romans et les films policiers.
J’en ai fait un – Compartiments tueurs. Pour mes autres films j’ai choisi de trouver «la tension», c’est-à-dire l’effet intellectuel, la tension d’esprit pour suivre l’histoire du film en découvrant au fur et à mesure de son développement les différentes situations, les contradictions et enfin la conclusion. Chacun de mes films suit une construction différente liée à son contenu. Jamais l’idée de thriller n’est utilisée.
“Notre société doit avoir les moyen matériels et immatériels pour que chacun d’entre nous ait une fin de vie digne et dans les meilleures conditions de sérénité et de liberté”
La politique, et notamment la question du pouvoir et de ses abus, traverse la plupart de vos œuvres ? Était-ce dès le début le cinéma que vous vouliez faire ?
La politique pour moi ne sont pas les abus du pouvoir des gouvernants. La politique c’est chacun de nos actes dans la cité (polis en grec). C’est le pouvoir que nous avons, chacun de nous, et comment nous l’exerçons pour le bien-être et pour le mal- être de l’autre. Le pouvoir peut prendre des formes d’oppression de toutes sortes sur les faibles et les moins faibles dans une société quand il est exercé par celui qui a ce pouvoir de gouverner, et celui qui a le pouvoir de l’argent.
Avec mes films j’aime parler et montrer ces pouvoirs. Peut-être parce que je les ai subis dès mon jeune âge.
« Un film politique, c’est d’abord une bonne histoire », disait Ken Loach lors du dernier Festival de Carcassonne. Est-ce un avis que vous partagez ?
Un film c’est indubitablement d’abord une bonne histoire, un bon scénario et mis en scène par un metteur en scène qui a du talent et de la passion.
Parlons du Dernier Souffle. « On en a fini avec le “tu enfanteras dans la douleur”… Donnons-nous la chance d’accoucher les gens de leur mort, sans douleur, et ainsi d’améliorer les conditions du mourir, sans pour autant donner la mort ! », c’est ce que dit Claude Grange dans le livre, écrit avec Régis Debray, qui sert de base à votre film. Une fois encore, vous abordez un thème qui est politique, ou en tout cas qui s’inscrit dans le débat public. Qu’est-ce qui vous a guidé dans cette approche ?
Il est clair pour chacun qu’il faut en finir avec les douleurs physiques et psychiques. Notre société doit avoir les moyen matériels et immatériels pour que chacun d’entre nous ait une fin de vie digne et dans les meilleures conditions de sérénité et de liberté. C’est ce qui m’a guidé dans cette approche de ma vision de la société et aussi le désir, qui sera le dernier, de partir dans ces conditions d’accompagnement, et naturellement le plus tard possible.
Il y a aussi, au « générique » (si l’on peut dire) du livre, un autre nom qui évoque la politique et les utopies politiques des années 60-70, c’est Régis Debray. On pense évidemment à Missing, à l’Amérique latine de la période noire que Régis Debray a bien connue. Est-ce aussi ce qui vous a rapproché du livre au départ ?
Régis Debray est un homme que j’admire et que j’ai la chance d’avoir comme ami depuis très longtemps. Depuis son retour d’Amérique latine. J’ai lu ses livres qui me passionnent, quel que soit leur thème. C’est ce qui est arrivé avec le livre qu’il signe avec le docteur Claude Grange que j’estime beaucoup. Quand aux années 70 et même avant ou après leurs utopies politiques ont changé l’Amérique latine. Il n’y a plus de dictactures militaires. Elles ont été remplacées par quelques rares démocraties, des demi démocraties, et des fachos démocraties.
Qu’apporte la fiction selon vous à ce thème de la fin de vie ?
La fiction peut dépasser la vérité pour la rendre acceptable. A condition qu’elle ne devienne pas du voyeurisme.
Dans le débat sur la fin de vie (accompagner, aider, assister), on suppose que vous avez vous-même une opinion… Quelle est-elle ?
Mon opinion c’est d’avoir fait le film qui est pour moi une ode à l’accompagnement et aux soins palliatifs. Inspiré du livre mais sa forme, les choix, les situations des personnages et autres adjonctions sont dans le scénario.
Entre la prolifération des chaînes d’info qui multiplient les images politiques et les séries qui s’intéressent de plus en plus au sujet, comment voyez-vous l’avenir du cinéma politique ?
Comme je l’ai déjà dit le cinéma et les médias que vous citez sont tous politiques. Ainsi que cet échange avec questions et réponses que vous m’avez demandé. Seulement la majorité de ces médias dépendent des hommes d’argent et défendent leur volonté. Les spectateurs auront à choisir. Tâche difficile mais démocratique.
Quant à l’avenir du cinéma en France nous faisons tout pour qu’il survive, qu’il se multiplie, se féminise et soit libre. On peut dire que vu le nombre de spectateurs ç’est dans la bonne direction.
Et pour finir la question que nous posons à tous les invités du Festival : dans quelle mesure, selon vous, le cinéma peut contribuer à changer le monde ?
En restant personnel, libre, multiple, divers et promu avec des bons festivals ☺
